Q.01

C'est quoi le risque chimique au travail ?

Le risque chimique au travail, c'est la probabilité qu'un travailleur subisse un dommage pour sa santé ou sa sécurité parce qu'il est exposé, ou peut l'être, à des agents chimiques dangereux pendant son travail. Le droit européen fait la différence entre le danger, propriété intrinsèque d'un agent chimique capable de causer un dommage, et le risque, probabilité que ce dommage se produise dans les conditions réelles d'utilisation ou d'exposition [1].

Approche : j'ai consulté la quatrième partie du Code du travail français (santé et sécurité au travail, articles en vigueur) et le texte d'origine de la directive 98/24/CE sur les agents chimiques. La version consolidée actuelle de la directive n'a pas été consultée.

Ce qu'est un « agent chimique dangereux » (Code du travail)

Les règles s'appliquent dès que des travailleurs sont exposés, ou susceptibles de l'être, à des agents chimiques dangereux [2]. Selon l'article R. 4412-3, un agent chimique dangereux est :

  1. Une substance ou un mélange classé dangereux : il répond aux critères de danger physique, de danger pour la santé ou de danger pour l'environnement de l'annexe I du règlement CLP (CE) n° 1272/2008 (renvoi à l'article R. 4411-6) [3][4].
  2. Un agent non classé mais qui présente quand même un risque, à cause de ses propriétés physico-chimiques, chimiques ou toxicologiques et de la façon dont il est présent ou utilisé au travail. Cela inclut tout agent qui a une valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) fixée par décret [3].

Un agent non classé peut donc être dangereux à cause de la façon dont on l'utilise ou dont il apparaît dans un procédé. La directive 98/24/CE couvre aussi les agents émis par l'activité, y compris les déchets, qu'ils soient produits volontairement ou non [1].

Cas des CMR. Les agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction relèvent d'une section à part, plus stricte. Sont visés les substances et mélanges classés en catégorie 1A ou 1B selon le CLP, ainsi que ceux désignés par arrêté des ministres chargés du travail et de l'agriculture [5][6].

Ce que l'employeur doit faire

Évaluer le risque. L'évaluation porte sur toute activité qui peut exposer à des agents chimiques dangereux. Elle doit être refaite régulièrement, notamment après tout changement important des conditions de travail [7]. L'employeur tient compte notamment de [8] :

  • les propriétés dangereuses des agents et les informations transmises par le fournisseur ;
  • la nature, le degré et la durée de l'exposition ;
  • les quantités utilisées et les conditions de travail ;
  • les effets combinés quand il y a plusieurs agents ;
  • les VLEP et les valeurs limites biologiques fixées par décret ;
  • l'effet des mesures de prévention ;
  • les conclusions du médecin du travail.

Supprimer le risque d'abord, sinon substituer. Le risque doit être supprimé. Si c'est impossible, il faut le réduire au minimum en remplaçant l'agent par un produit ou un procédé non dangereux ou moins dangereux [9].

Réduire l'exposition au minimum [10] :

  • des méthodes de travail et un matériel adaptés, régulièrement entretenus ;
  • le moins possible de travailleurs exposés, pendant le moins de temps et avec la plus faible intensité ;
  • des quantités sur site limitées au strict nécessaire ;
  • des mesures d'hygiène ;
  • des procédures sûres pour la manutention, le stockage, le transport et les déchets.

Suivre les principes généraux de prévention (article L. 4121-2) : éviter les risques, combattre les risques à la source, remplacer ce qui est dangereux par ce qui l'est moins, et donner la priorité à la protection collective sur la protection individuelle [11].

Je peux ensuite vous donner la VLEP française d'une substance précise, ou détailler les obligations propres aux CMR.

Q.02

Comment l'évaluer en entreprise ?

En France, l'évaluation du risque chimique suit une démarche fixée par le Code du travail. On repère les agents chimiques dangereux de toutes les activités, maintenance comprise. On évalue l'exposition à partir d'une liste de critères obligatoires. Si le risque n'est pas faible, on mesure l'exposition, avec un contrôle annuel par un organisme accrédité pour les agents qui ont une VLEP réglementaire. Les résultats vont dans le document unique (DUERP) et sont communiqués au CSE et au médecin du travail.

Approche : j'ai consulté la quatrième partie du Code du travail (santé et sécurité au travail), articles en vigueur sur l'évaluation des risques, le DUERP, le contrôle de l'exposition et les CMR. Les arrêtés qui fixent les méthodes de mesure (article R. 4412-151) n'ont pas été consultés.

1. Délimiter le champ

  • Quand ? Pour toute activité qui peut exposer des travailleurs à des agents chimiques dangereux. L'évaluation est refaite régulièrement, notamment après tout changement important des conditions de travail [7].
  • Quelles activités ? Toutes celles de l'entreprise ou de l'établissement, y compris l'entretien et la maintenance [12].
  • Une activité nouvelle ne peut commencer qu'une fois l'évaluation faite et les mesures de prévention en place [13].
  • Le cadre général (article L. 4121-3) : l'évaluation couvre aussi le choix des procédés, des équipements et des substances ou préparations chimiques. Elle tient compte des différences d'exposition selon le sexe. Le CSE, le salarié désigné pour la prévention et le service de prévention et de santé au travail y contribuent, et le CSE est consulté sur le DUERP [14].

2. Faire l'inventaire et recueillir les informations

L'article R. 4412-6 dresse la liste de ce qu'il faut prendre en compte, au minimum [8] :

CritèreEn pratique
1° Propriétés dangereuses des agentsInventaire des produits achetés et des agents émis par les procédés
2° et 3° Informations du fournisseur et autres sources faciles d'accèsFiches de données de sécurité (FDS), étiquettes, informations complémentaires
4° Nature, degré et durée de l'expositionPar poste ou par tâche
5° Conditions de travail, nombre et volume des agentsQuantités, fréquence, procédés
6° Effets combinésExpositions à plusieurs agents, en même temps ou à la suite
7° VLEP et valeurs limites biologiques fixées par décretComparaison avec les valeurs réglementaires
8° Effet des mesures de préventionCelles déjà prises et celles à prendre
9° Conclusions du médecin du travailRésultats du suivi de santé
10° Travaux des intervenants en prévention (IPRP)Leurs études et propositions

3. Classer le risque : faible ou non

  • Risque faible : si les quantités présentes ne posent qu'un risque faible et que les mesures générales de prévention suffisent, les obligations renforcées de l'article R. 4412-12 ne s'appliquent pas [15].
  • Risque non faible : l'employeur doit alors mettre en place des mesures de prévention, des vérifications des protections collectives, un contrôle de l'exposition, des mesures en cas d'accident, une notice de poste et un suivi de l'état de santé [16].
  • Agents interdits (article L. 4411-1) : ces obligations s'appliquent toujours, quel que soit le résultat de l'évaluation [17].

4. Mesurer l'exposition

  • Mesures régulières de l'exposition dans l'air des lieux de travail [18].
  • Agents avec une VLEP (articles R. 4412-149 ou R. 4412-150) : contrôle technique par un organisme accrédité, au moins une fois par an et à chaque changement qui pourrait augmenter l'exposition. Le contrôle donne lieu à un rapport [18].
  • Méthodes de prélèvement et de mesure : elles sont fixées par arrêté [19][20].
  • Valeurs de référence :
    • Les VLEP contraignantes de l'article R. 4412-149 sont des limites dans la zone de respiration, sur 8 heures et sur courte durée. La mention « Peau » signale une pénétration cutanée importante possible [21].
    • L'article R. 4412-152 fixe une valeur limite biologique, pour le plomb [22].
  • En cas de dépassement :
    • VLEP contraignante : mesures de protection immédiates [23].
    • VLEP indicative : nouvelle évaluation des risques [24].
    • Valeur limite biologique, signalée par le médecin du travail : nouvelle évaluation et mesures de prévention [25].
  • Destinataires : les résultats et les rapports vont au médecin du travail et au CSE. Ils sont tenus à la disposition de l'inspection du travail et de la CARSAT [26].

5. Les règles plus strictes pour les agents CMR

  • Ce qu'on évalue : la nature, le degré et la durée de l'exposition. Un arrêté peut préciser les conditions de cette évaluation [27].
  • Mise à jour : l'évaluation est refaite régulièrement, notamment quand les connaissances sur les produits évoluent [28].
  • Voies d'exposition : toutes sont prises en compte, y compris le passage à travers la peau [29].
  • Substitution : l'employeur recherche un produit de remplacement et note le résultat de ses recherches dans le DUERP [30].
  • Dépassement d'une VLEP contraignante : le travail est arrêté aux postes concernés jusqu'à ce que les protections soient en place [31].

6. Consigner, communiquer, mettre à jour

  • DUERP :
    • Les résultats y sont consignés [32].
    • Il contient un inventaire des risques par unité de travail [33].
    • Mise à jour au moins une fois par an à partir de 11 salariés, après tout aménagement important, et dès qu'une information nouvelle arrive [34].
    • Les versions successives sont conservées 40 ans [35].
  • Communication des résultats au CSE (ou, sans représentants du personnel, aux travailleurs) et au médecin du travail, en particulier après chaque mise à jour [36].
  • Information des travailleurs et accès aux FDS [37].
  • Notice de poste pour chaque poste exposé [38].

Je peux vous donner la VLEP française d'une substance que vous utilisez, ou vous proposer une trame d'inventaire produits et postes conforme à l'article R. 4412-6.

Q.03

Quelles obligations de formation pour les salariés ?

Pour le risque chimique, l'employeur a deux niveaux d'obligations envers les salariés. Le premier est une formation pratique et appropriée à la sécurité, qu'il paie lui-même, dispensée à l'embauche, lors d'un changement de poste et répétée périodiquement [39][40]. Le second est une formation et une information propres aux agents chimiques dangereux (article R. 4412-38), renforcées pour les agents CMR (articles R. 4412-87 à R. 4412-89).

Approche : j'ai consulté la quatrième partie du Code du travail (santé et sécurité au travail), articles en vigueur : formation générale à la sécurité (L. 4141-1 et suivants, R. 4141-1 et suivants), formation renforcée des salariés précaires, et dispositions sur les agents chimiques et les CMR.

1. La formation générale à la sécurité (tous salariés)

Qui doit être formé (article L. 4141-2) [39] :

  • les salariés embauchés ;
  • ceux qui changent de poste ou de technique ;
  • les intérimaires. Exception : ceux appelés pour des travaux urgents de sécurité et qui ont déjà la qualification nécessaire ;
  • à la demande du médecin du travail, ceux qui reprennent après un arrêt d'au moins 21 jours.

La formation est répétée périodiquement, selon des conditions fixées par voie réglementaire ou par accord collectif [39]. Elle est aussi organisée après un accident du travail ou une maladie professionnelle grave, ou répété au même poste ou dans la même fonction [41].

Ce qu'elle couvre (article R. 4141-3) : la circulation dans l'entreprise, les conditions d'exécution du travail et la conduite à tenir en cas d'accident ou de sinistre [42]. Points qui concernent directement le risque chimique :

  • les consignes d'évacuation, notamment en cas d'explosion ou de dégagement accidentel de gaz ou de liquides inflammables ou toxiques [43] ;
  • les gestes les plus sûrs, les modes opératoires et le fonctionnement des dispositifs de protection et de secours [44] ;
  • la conduite à tenir face à une victime d'accident ou d'intoxication [45]. Cette formation est donnée dans le mois qui suit l'affectation [46].

L'information qui accompagne la formation (article R. 4141-3-1) : comment accéder au DUERP, les mesures de prévention qu'il prévoit, le rôle du service de santé au travail et des représentants du personnel, et les consignes incendie [47]. L'article L. 4141-1 ajoute une information sur les risques que les produits ou procédés de l'établissement font peser sur la santé publique ou l'environnement [48].

Comment l'organiser :

  • en termes compréhensibles pour chacun, à l'embauche puis chaque fois que nécessaire [49] ;
  • en expliquant à quoi servent les mesures de prévention [50] ;
  • en tenant compte de la qualification, de l'expérience et de la langue du salarié ;
  • pendant l'horaire normal, ce temps comptant comme temps de travail [51] ;
  • avec le médecin du travail associé au contenu [52].

Son étendue dépend de la taille de l'établissement, de son activité, des risques constatés et du type d'emploi [53].

2. Ce qui s'ajoute pour les agents chimiques dangereux (article R. 4412-38)

L'employeur veille à ce que les travailleurs et le CSE [37] :

  1. reçoivent une information adaptée et actualisée régulièrement sur les agents présents : leurs noms, leurs risques, et le cas échéant les VLEP et valeurs limites biologiques qui s'appliquent ;
  2. aient accès aux fiches de données de sécurité du fournisseur ;
  3. reçoivent une formation et des informations sur les précautions à prendre pour se protéger et protéger les autres, en particulier les consignes d'hygiène et l'utilisation des EPI.

La notice de poste, à rédiger pour chaque poste exposé, complète cette information. Elle présente les risques, les mesures prises, les règles d'hygiène et les consignes d'emploi des protections collectives et individuelles [38].

3. Ce qui s'ajoute encore pour les agents CMR

  • Organisation avec le CSE et le médecin du travail, pour tout travailleur susceptible d'être exposé. Contenu minimum [54] :
    • les risques pour la santé, y compris les risques supplémentaires liés au tabac ;
    • les précautions contre l'exposition ;
    • l'hygiène ;
    • le port des équipements et vêtements de protection ;
    • les mesures pour prévenir les incidents et pour réagir en cas d'incident, notamment pour le personnel d'intervention.
  • Mise à jour et répétition : la formation suit l'évolution des risques et l'apparition de nouveaux risques, et elle est répétée régulièrement [55].
  • Reproduction : l'information porte sur les effets possibles sur la fertilité, l'embryon, le fœtus et l'enfant allaité. Elle incite les femmes à déclarer leur grossesse le plus tôt possible et les informe sur le changement temporaire d'affectation et sur les travaux interdits [56].
  • Information à tenir à disposition des exposés et du CSE : procédés, quantités, nombre d'exposés, mesures de prévention, EPI, niveau et durée d'exposition, cas de substitution [57].

4. CDD, intérimaires et stagiaires sur postes à risques particuliers

  • Ils ont droit à une formation renforcée à la sécurité, ainsi qu'à un accueil et une information adaptés. L'employeur établit la liste de ces postes après avis du médecin du travail et du CSE, et la tient à disposition de l'inspection du travail [58].
  • Pour les intérimaires et les CDD, la formation est payée par l'entreprise utilisatrice [59].
  • Sanction : si l'un de ces salariés est victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle sans avoir reçu cette formation, la faute inexcusable de l'employeur est présumée [60].

5. Sites classés (installations visées à l'article L. 515-36 du code de l'environnement)

L'employeur définit et met en œuvre une formation aux risques pour les entreprises extérieures et les travailleurs indépendants qu'il accueille. Elle est payée par l'entreprise utilisatrice [61].

Je peux vous proposer un plan de formation « risque chimique » qui reprend ces contenus obligatoires (général, ACD, CMR), avec les moments où la formation doit être donnée.

Q.04